A travers la France

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Gérer la crise du Coronavirus en période de flou électoral

Venir en aide aux plus faibles et aux plus isolés est plus que jamais le rôle du maire d'une commune à l'heure actuelle, tout en rassurant les habitants et gardant la tête froide au milieu de toutes les rumeurs, vraies ou fausses, le tout dans un contexte électoral des plus inconfortable. A travers la France, certains sont rassurés de savoir que l'équipe reconduite a déjà l'expérience de la gestion d'une commune, tandis que d'autres espéraient qu'une nouvelle équipe compétente, ou novatrice, ou moins audacieuse, viendrait remplacer l'équipe en place.

Dans notre département comme ailleurs, les situations ne sont pas toujours faciles à gérer. « Les élections auraient dû être annulées », estime Michel Bahuaud, maire sortant de la commune de La Plaine-Sur-Mer (44), contraint de rempiler pour deux mois à l’issue de cinq mandats consécutifs, dont quatre comme premier magistrat. C’était pourtant volontiers qu’il laissait la place à son adjointe Séverine Marchand. Mais la loi d’urgence est passée par là et Michel Bahuaud se retrouve prolongé dans son mandat. Toujours en Loire-Atlantique, à Saint-Michel-Chef-Chef, Irène Geoffroy, battue à 21 voix près par la candidate de la minorité municipale Éloïse Bourreau-Gobin, va encore devoir attendre pour prendre les rênes de la commune. Elle s’est cependant proposée avec sa liste pour agir avec l’ancienne équipe. À Sucé-sur-Erdre, une collaboration entre la liste sortante et la liste entrante s’est mise en place efficacement.

 

Ailleurs en France, Philippe Ardhuin, maire reconduit de Simiane-Collongue (5 000 habitants), dans les Bouches-du-Rhône, a convoqué son conseil municipal vendredi 20 mars, en l’absence de directives claires. « Je n’ai agi ni par défiance ni par esprit de polémique, explique-t-il. Il n’était pas indispensable pour moi de tenir ce conseil, puisque je suis maire sortant réélu. Mais, ancien officier supérieur, j’ai pour habitude de faire les choses légalement, et en ce moment il est encore plus important qu’en temps normal d’avoir un exécutif en ordre de marche. » En effet, entre l’élection et la constitution du conseil municipal, le maire ne peut légalement gérer que les affaires courantes, mais non pas prendre des arrêtés. Depuis l’amendement 263 du 21 mars, les conseils municipaux en place avant les élections peuvent se réunir à nouveau (hors élection du maire et des adjoints), et ce, a priori, jusqu’au mois de juin. « Mais au moment de notre conseil, cet amendement n’avait pas encore été voté ».

 

Jeudi 19 mars, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, invité à la Matinale d’Europe 1, a tenu une grande allocution incitant à maintenir les conseils municipaux, quitte à ne pas tenir compte du quorum. Le soir même, il revenait sur ses propos. « Je n’ai reçu aucune directive officielle autre que les annonces par médias interposés, continue Philippe Ardhuin. J’ai donc tenu mon conseil municipal. Je n’ai su qu’ensuite que le sous-préfet avait tenté de m’appeler sans succès à plusieurs reprises, en réponse à mes interrogations. Lorsque j’ai reçu les nouvelles directives, j’ai annoncé que le conseil du 20 mars était « sans effet ». Le député Lambert a cependant demandé des sanctions contre moi. »

 

Et Philippe Ardhuin de s’interroger : « Quelle sera la légitimité d’un maire que les électeurs n’ont pas reconduit ? Comment vont se définir les relations d’un maire battu par un membre de son ancienne équipe, ce dernier se retrouvant de nouveau dans la minorité ? Comment peut-on gérer correctement, dans ces conditions, une situation d’urgence comme la nôtre ? » Et l'on peut également se demander dans quelles conditions se déroulera le travail d'un maire sortant s'étant constitué une liste en vue des élections, et obligé de reprendre avec son ancienne équipe, dans laquelle certains adjoints ou conseillers souhaitaient s'arrêter pour cause de lassitude ou de désaccord.

Quant à Christian Schoettl, maire sortant de la petite commune de Janvry dans l'Essonne (630 habitants), il a maintenu également son Conseil municipal du 20 mars, et la Préfet n'a pu trouver d'argument pour faire annuler l'élection du premier magistrat et de ses adjoints. Le maire s'en explique sur son blog et au sein de nos colonnes.

K. U.

 

 

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Philippe Ardhuin, maire de Simiane-Collongue (Bouches-du-Rhône)

 

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Des élections municipales compliquées

Seules deux communes en France ont convoqué le nouveau conseil municipal pour élire le maire et ses adjoints : Janvry, commune de l'Essonne (630 habitants), et une commune des Bouches-du-Rhône, Simiane-Collongue (5 000 habitants). Un tout petit village des Vosges comptait également convoquer son conseil, mais le quorum n'était pas atteint, et le conseil n'a pu avoir lieu.  Depuis, a été votée la loi d'urgence du 23 mars 2020, stipulant qu'en vertu de la situation d'urgence, l'ancien maire, même s'il est perdant, est prorogé encore pendant deux mois, avec tout son conseil municipal.

À Simiane-Collongue, un avis a été publié sur le site de la mairie : "Conformément à la décision du gouvernement, les délibérations prises lors des conseils municipaux qui se sont tenus du vendredi 20 mars au dimanche 22 mars, sont sans effet. Aussi, l’équipe en place conserve ses sièges jusqu’à la tenue d’un prochain conseil municipal, qui selon le gouvernement se déroulera avant juin et dont la date sera donnée en mai prochain."

En ce qui concerne le village de Janvry, « le  Préfet de l'Essonne n'a pu que constater la légalité de la procédure, explique Christian Schoettl, maire de la commune. En effet, dans notre système démocratique, seule une loi peut reporter les élections. Or, cette loi n'avait pas encore été votée entre vendredi et dimanche dernier, le Sénat et l'Assemblée nationale s'opposant sur la question des élections. Les diverses communes où le maire était passé au premier tour étaient donc tenues de constituer leur conseil municipal. « S'il y a bien un moment où dans les communes il faut des équipes solides, c'est maintenant. Il y a un boulot permanent, et pendant ce temps, il faut continuer à voter les budgets, payer les salaires, il faut donc un conseil municipal constitué. » Et d'ajouter :  « On ne peut pas annuler les élections. Ce serait un déni de démocratie. »​

Comment Christian Schoettl, maire de Janvry depuis 31 ans, gère-t-il la crise du coronavirus ?

« J'ai passé les dernières journées à distribuer 1 500 masques dans les hôpitaux, établissements psychaitriques, cabinets de radiologie, établissements pour personnes handicapées, pou rpersonnes âgées, ou commerces des environs. En effet, nous disposions de ces masques qui n’avaient pas servi lors de la grippe H1N1 et dont la date de préremption ne touche que... l'élastique. Je ne sais d'ailleurs pas ce qu'en ont fait les autres maires, chez nous ils étaient stockés dans le grenier de la mairie. J’ai saisi l’État pour leur demander quoi en faire, et je n’ai pas eu de réponse. Alors j’ai pris ma petite auto et j’ai fait la distribution. Et je peux vous dire qu’on nous voit arriver avec une vraie joie.

Nous continuons la distribution de pain de porte-à-porte, qui existe sur notre bourgade depuis 25 ans, mais maintenant c’est moi qui m’y colle avec mon premier adjoint pour ne faire courir de risque à personne.

Il y a une telle vie sociale ici qu’il est compliqué de la maintenir sans faire preuve de nonchalance pour autant. Nous communiquons beaucoup en nous par nos groupes Facebook internes et autres réseaux, nous discutons beaucoup. Il y a une vraie vie de village ici, et le lien perdure malgré le confinement. »

K. U.

 

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Christian Schoettl, maire de janvry (Essonne, 500 habitants) depuis 31 ans